La presse dans la tourmente : Quand le rideau de fer s’abat

Publié le jeudi 8 novembre 2007

La presse dans la tourmente : Quand le rideau de fer s’abat

Beaucoup d’indices plus ou moins visibles annonçaient le 15 octobre 1987 et le dénouement sanglant de la crise ouverte au sein du CNR. Le débat sur l’absence ou non de démocratie interne à l’organe dirigeant fut résumé par un sankariste bien pensant qui laisse entendre que c’est « le trop de liberté et de démocratie qui a tué le CNR (sic) ».

En tout cas, pour la presse qui a payé un lourd tribut à cette période, dont justement le journal qui lui a ouvert ses pages pour jouir de la liberté retrouvée de tous depuis un certain 15 octobre, l’Observateur Paalga pour le nommer nommément, ce jugement est des plus légers et exprime à lui seul le cynisme dont le « sankarisme ».

Une des faiblesses du CNR, fut le bâillonnement sans précédent de la presse et des médias. A moins d’user de la phraséologie révolutionnaire ou de chanter les louanges du chef « charismatique et visionnaire » (resic), ils étaient priés, les journalistes ayant une autre conception de la société, d’user leur salive dans leur salon devant femmes et enfants et de noircir les pages de leurs journaux intimes.

C’est pourquoi, tous ceux qui s’étaient terrés au lendemain du 15 octobre, certains ont même été rattrapés de justesse aux frontières et parmi eux, il y avait des journalistes ayant pris part au bâillonnement de leurs confrères, ont aujourd’hui le beau rôle de tirer à visage découvert sur Blaise COMPAORE. Le sankariste, soit dit grand croyant a sorti une sourate « Al Ma’idah » qui nous a appris beaucoup de choses : le CNR a chuté par la faute « d’opportunistes qui ont intoxiqué et envenimé la situation ».

L’analyse a valeur à la seule condition des faits vécus. Là-dessus et comme il le dit si bien lui-même, existent encore des témoins vivants tendant à prouver que contrairement à ce qu’il avance, c’est essentiellement l’absence de démocratie qui a tué le CNR.
Il nous souvient, comme si c’était hier, de la fameuse conférence nationale des CDR de Dédougou. Ceux qui y étaient ont compris à cette occasion que ç’en était fini du CNR, des CDR et de la Révolution. Seuls les derniers supports inconditionnels de Thomas SANKARA ont eu droit à la parole. Ils ont sonné la charge et la victoire avant que le président du CNR, annoncé pour 16 heures, n’arrive à 19h 30 pour un discours fleuve de 4 heures, qui a sur le coup de 23 heures 45 laissé tous les participants K.O. Ensuite de dire que le bal populaire de clôture a tourné en eau de boudin, tous les participants ayant rejoint leurs nattes, non sans avoir snobé le repas, resté en l’état dans les marmites géantes mobilisées pour la circonstance.

Peut-être que le sieur Issaka Hermann TRAORE, si au fait des évènements d’octobre 1987, a oublié cet épisode, mais cette conférence nationale des CDR avait fini de prouver que les germes de la dictature autocratique, était tel un cancer, en train d’étaler ses métastases.

Quand la presse est flinguée
Les perspectives annoncées de la fameuse phrase d’un autre encore vivant de l’époque : « Pendant longtemps, nous nous sommes occupés de nos ennemis ; maintenant nous allons nous occuper de nos amis » se vivaient déjà pour des journalistes, traqués de toutes parts et qui n’ont eu la vie sauve qu’en entrant en clandestinité ou parce qu’il avait la frontière entre eux et la police politique. On veut bien croire les sankaristes voulant que le président du CNR ait été un ange, au point d’avoir adopté la posture du mouton de sacrifice ; mais la presse sait qui il devenait lorsque ses thèses qui, jadis enflammaient les foules, étaient dorénavant ouvertement mises au pilori. C’est à d’autres qu’il faudra raconter ces balivernnes.

Des pouvoirs révolutionnaires provinciaux de Bobo et Dédougou, au bureau de coordination communal de Ouaga, en passant par le comité d’université, la base ne répondait plus au monologue d’un chef, qui a cru à tort que le verbiage pouvait tenir lieu ad vitam æternam de méthode de direction.

Et les journalistes n’avaient fait que se faire l’écho de ces clameurs contestatrices qui traduisaient la crise de direction et le refus d’adhérer à la conception selon laquelle le chef est seul décisionnaire, les autres n’ont plus qu’à suivre contents ou pas. Le Burkinabè étant jaloux de sa liberté, il l’avait prise et s’était exprimé bruyamment, comme le sieur TRAORE et beaucoup d’autres le font aujourd’hui jusqu’à verser dans l’injure et la diabolisation au point que certains de leurs réquisitoires finissent dans l’inquisitoire. Ils en bavent tellement qu’ils finissent par oublier que c’est parce qu’il y a la liberté qu’ils peuvent ainsi vider leur bile.

Alors, la presse aussi avait dit son fait devant ce flou dans la conduite de la Révolution, dont le vide abyssal dans le domaine institutionnel et organisationnel, avait amené une concentration de tous les pouvoirs à la présidence avec l’érection de départements ayant compétences sur chaque ministère.

Les journalistes qui ont osé s’en offusquer dans Sidwaya et sur les ondes de la radio nationale ont été passés devant le tribunal du CDR leur ministère leurs chefs avec. Devant ce tribunal spécial et de 16 heures à 0 heures, des journalistes, tous sont encore vivants, ont été traités de tous les noms d’oiseaux avant de recevoir la « sanction révolutionnaire » appropriée. Ne pouvant avoir la parole que pour reconnaître leurs fautes, ils en ont été privés dès lors qu’ils ont résisté et refusé d’admettre des manquements dans leur pratique du métier. Le débat fut des plus houleux, d’autant que des instructions venues d’en haut exigeaient des sanctions exemplaires et rapides. Alors que les obligés de la présidence du Faso croyaient que l’affaire serait vite ficelée propre et nette, ils durent désenchanter devant la pugnacité d’une poignée de journalistes qui refusera le fait accompli.

Même s’ils n’étaient pas nombreux ils défendirent leurs positions sans aucune concession au point de rallier à leur cause d’autres travailleurs du ministère qui avouèrent qu’on les obligeait à intervenir contre eux parce que le président du Faso suivait l’Assemblée générale en direct. Il s’agissait donc d’une véritable farce tragi-comique avant que l’Assemblée ne soit invitée à dire si elle était contre les sanctions. On avait atteint le summum de la bêtise. Une stratégie maligne qui a cloué tout le monde sur les chaises à l’exception des mis en cause pour avoir offensé le président du CNR et la Révolution et un trio de « têtes brûlées » qui refusèrent de s’en laisser conter.

Cet épisode venant quelques jours après la conférence de Dédougou fut aussi une manifestation publique qui matérialisait la dictature en marche et les purges à venir. Sentant poindre la nuit des longs couteaux, des journalistes ont opté d’entrer en clandestinité. Un des traqués, en stage à Moscou, fut sommé manu militari de rejoindre le bercail. Il ne dû son salut qu’à la fin de non recevoir que les Soviets opposèrent à cette façon de faire. Du reste, la pression était si forte pour son retour anticipé, qu’il n’a pu finir son stage qu’à la faveur du 15 octobre.

Ces hommes de médias, que le sieur TRAORE range dans la catégorie « des hommes et femmes de l’entourage de Blaise COMPAORE », si tant est qu’il pense vraiment qu’ils « sortent de leur sommeil après des repas gras et copieux » (re-resic), ne sont pas malgré ces amabilités devenus amnésiques. Eux, se souviennent qu’ils ont résisté et ont refusé le bâillonnement et l’enfermement des militants sous une chape de plomb, où la plus petite voix discordante reçoit le marteau suivi sans doute de la faucille.

Cette soif de liberté, cette liberté de ton qui fait aujourd’hui les beaux jours de tous les médias, chacun le doit au 15 octobre. Et remplir mille pages de n’importe lequel d’entre eux n’y changera rien. Les témoignages d’après 15 octobre sont à cet effet encore gravés sur les annales des mêmes médias. Il est tout simplement amusant que 20 ans après, certains s’évertuent à vouloir les effacer. Mais, cela aussi fait partie de cette chère bonne liberté retrouvée et qui ne fait que s’élargir année après année.

L’Opinion

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