CEDEAO : Kadré Désiré Ouédraogo président de la Commission ? (3/4)

Publié le mardi 29 juin 2010

CEDEAO : Kadré Désiré Ouédraogo président de la Commission ? (3/4)
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Kadré Désiré Ouédraogo

Compétence indéniable. Expérience nationale (notamment au poste de Premier ministre du Burkina Faso pendant près de cinq ans) ; expérience régionale (au sein de la Cédéao et de la BCEAO notamment) ; expérience internationale (ambassadeur à Bruxelles et auprès de l’Union européenne). A 57 ans, Kadré Désiré Ouédraogo ne manque pas d’atouts pour le poste de président de la Commission de la Cédéao.

Il a l’avantage, par ailleurs, d’avoir une image plus « technocratique » (mais ce qualificatif semble réducteur en ce qui le concerne) que « politique » tout en ayant la confiance de la classe dirigeante burkinabè. « On a un très bon candidat », s’est exclamé, à juste titre, Alain Yoda, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale. Je ne doute pas qu’il ne soit pas le seul, en Afrique de l’Ouest, à penser cela tant il est vrai que les Burkinabè sont devenus incontournables sur la scène diplomatique de la Cédéao et d’ailleurs. Je dis tout cela avec d’autant plus de recul que, par extraordinaire, KDO est pour moi un « inconnu » : il est le seul des cinq hommes qui ont, depuis le mouvement de démocratisation entrepris à la fin des années 1980 au Burkina Faso, occupé la primature avec lequel je n’ai jamais eu de contact.

Abdoulaye Wade, personnalité tout à la fois attachante (comme peuvent l’être les vieillards) et exaspérante (comme savent l’être les hommes de pouvoir quand ils en ont une vision trop personnelle), ne sachant plus trop bien où il en est et où il veut aller, a choisi de s’opposer au… choix de Ouagadougou et de proposer son candidat. Je n’ai pas plus « pratiqué » Abdou Aziz Sow que KDO mais son CV me semble bien moins en adéquation pour une activité sous-régionale. Expert-comptable (il possède son propre cabinet à Dakar), Sow est apparu sur la scène politique à la suite de la victoire de Wade à la présidentielle 2000. En dix ans, il va être de tous les gouvernements avec six titres différents : ministre conseiller spécial du président de la République ; ministre délégué général du NEPAD ; ministre du NEPAD, de l’Intégration économique africaine et de la Politique de bonne gouvernance ; ministre conseiller du président de la République chargé du NEPAD et du Fonds de solidarité numérique ; ministre de l’Information, des Relations avec les Institutions et du NEPAD, porte-parole du gouvernement ; ministre de l’Information, des Télécommunications, des TIC, du NEPAD et des Relations avec les Institutions, porte-parole du gouvernement. Un parcours typiquement « wadien ». Autrement dit, bien plus de bla-bla-bla que de réelles actions opérationnelles !

Il ne faut pas se cacher la vérité : s’il est abusif d’écrire que la Cédéao est en crise, il faut noter que seul son « immobilisme » voile son « handicap ». Pas encore infirme ; mais vraiment « boiteuse » ! On va s’en apercevoir quand il lui faudra se remettre en marche. Et il y a urgence. Aux plans politique et économique. Et ce n’est pas la « guéguerre » déclenchée par Dakar à l’encontre du candidat de Ouaga et le coup de force d’Accra pour conserver, jusqu’à son terme, la présidence de la Commission (sans semble-t-il en informer quiconque), qui va laisser penser que l’intérêt général est près de l’emporter sur l’intérêt particulier. Dommage.

On fait une fixation, actuellement, sur la situation politique qui prévaut dans la zone Cédéao. A juste titre. Présidentielle contestée au Togo ; massacres au Nigeria ; coup d’Etat militaire au Niger ; tensions persistantes et émeutes en Côte d’Ivoire ; massacre et règlements de compte politico-militaires en Guinée. Un simple regard sur les six mois qui viennent de s’écouler suffit à se convaincre que les pays de la Cédéao ne sont pas au mieux de leur forme. Et c’est un euphémisme !

Quant à ceux qui ne sont pas encore en crise, ils sont cependant soumis à des tensions internes et externes particulièrement préoccupantes. Si on ajoute à cela la déstabilisation de la zone sahélo-saharienne, on ne peut qu’être convaincu de la situation à risques que vit l’organisation régionale. On aurait tort, cependant, de penser que la situation politique est détériorée pour des raisons strictement… politiques ou religieuses (ce que ne manquent pas de faire certains commentateurs, notamment pour ce qui est du Nigeria) ; même si elles ne sont pas inexistantes, loin de là. Mais le problème majeur de la Cédéao, ce sont les difficultés économiques de la zone. Non pas tant conjoncturelles que structurelles. Et, du même coup, institutionnelles.

Dans un remarquable papier publié par La Croix (mardi 9 mars 2010), Stéphane Madaule, maître de conférences à Sciences-Po Paris, spécialiste des questions de développement, évoque « le retour des indépendances ». Il nous parle de l’illusion, envolée désormais, d’une mondialisation qui devait permettre la croissance égalitaire de tous, les pays nantis comme les pays pauvres. Il souligne que, « dans la réalité, l’impact de la mondialisation a été très disparate sur les niveaux de développement atteints par chaque pays. Les pays pauvres n’ont jamais été aussi pauvres et nombreux (50 aujourd’hui contre 25 en 1970) et les pays riches creusent chaque jour un peu l’écart qui les sépare des plus pauvres (rapport de 1 à 3 dans les années 1820 contre 1 à 77 aujourd’hui) ».

Face au « chaos » provoqué par « la crise de la financiarisation à outrance de l’économie », Madaule nous dit que « les théoriciens de la fin des territoires, de la décrépitude de l’Etat sont pris à contre-pied. Non seulement les Etats ne sont pas obsolètes mais ils s’avèrent les derniers remparts capables de nous sortir de la crise, d’exercer la responsabilité souveraine de nous protéger ». Il dit encore qu’on « se rend compte avec retard qu’il est impossible d’organiser un développement harmonieux de l’économie mondiale, bien répartie au bénéfice des bassins de population relativement stable et non en migration permanente. Le plus fort est toujours plus fort, et il n’est pas encouragé à redistribuer au plus pauvre sous peine d’écorner son capital de compétitivité ». Face au « diktat » du « mirage de la puissance », Madaule constate que « l’indépendance des peuples refait surface. Elle permet, ajoute-t-il, de casser le cercle vicieux d’une compétition internationale qui exclut plus qu’elle n’intègre. Elle offre l’opportunité de localiser la production mondiale au plus près des populations. Elle permet de redonner vie à une économie de proximité en phase avec la contrainte écologique. Elle offre à nos débats politiques, et plus largement à la démocratie, le contenu qu’elle avait perdu. Elle permet au « petit » de conserver un avenir ».

J’aime bien ce texte. D’abord parce qu’il s’inscrit totalement dans ce que je ne cesse d’expliquer depuis quelques années dans La Dépêche Diplomatique et lors des conférences auxquelles je participe : l’affirmation de l’indépendance et de la souveraineté de chacun des Etats africains est la revendication majeure des peuples aujourd’hui, revendication mise à mal par la mondialisation. Ensuite, parce qu’il renvoie à un texte majeur signé de Blaise Compaoré et publié il y a bien longtemps dans Le Journal du Dimanche ; texte auquel j’aime faire référence. Or, ce texte a été publié alors que KDO était Premier ministre du Burkina Faso. Je pense donc que s’il n’est pas le signataire, il peut en avoir été l’inspirateur ; sinon, pour le moins, ayant été chef du gouvernement à cette époque, il ne peut qu’en avoir partagé les grandes lignes directrices. Ce qui est déjà beaucoup.

A suivre

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

Messages

  • J’ignore vos origines mais tout semble indiquer que vous precher pour une chapelle pour les interets de votre pays. Vos choix s’expliquent (Dis moi qui tu frequentes, je te dirais qui tu es). Ainsi, pour des problemes africains, vous choississez qui doit etre responsable en Afrique. Apres 50 ans d’independance, ne serait il pas temps que vous nous laissiez gerer notre continent.

  • Il est certain que le vieux Wade qui a fermé les bases francaises ne peut pas etre en odeur de sainteté aupres de la France. De meme que l’Ivoirien Gbagbo. Vous comprenez pourquoi il ne reste que le Burkina Faso pour aider la France. Apres la France mettra le feu au Faso pour ses nouveaux interets et trouvera une autre "base". Comme cela s’est passé au Senegal, en Cote d’Ivoire. Pourquoi ? Courte vue des politiques Africains et surtout pour les mal elus.
    VOUS POUVEZ CENSURER MAIS VOUS SAVEZ CE QU’EN PENSE UN BURKINABE.

    • Pas étonnant quand on connait la nature réactionnaire et politiquement débilitante de cette institution néocoloniale d’où la françafrique prépare ses futures relèves du pouvoir au Burkina-Faso et dans la sous-région. En attendant, le Vidame corrompu et criminel de Ziniaré rempilera pour 5 ans ; soit, si tout se passe normalement, un record absolu de trente ans de pouvoir, au pays des hommes désormais intègres que de nom. Le tout grâce aux protections françaises, contre toutes les attentes démocratiques de notre peuple. Il faut bien que Blaise Compaoré et Wade accompagnent encore pour un temps Ouattara dans ses "premiers pas" déjà appris à "marcher sur le ventre " au profit des intérêts français et occidentaux.
      Sans méchanceté ! Encore une nomination qui n’est qu’un jeu de chaises pourries et un tour de passe-passe qui permet de duper les gens sur la soi-disant "expérience internationale" de telle recrue ; en claire, il ne s’agit que de l’assurance de leur servilité et docilité au système néolibéral exclusivement profitable aux occidentaux et aux minorités sociales prédatrices vivant au crochet de l’État ! No futur !

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