Marché d’esclaves noirs en Lybie : Le gène culturel anti-noir sort de son hibernation

Par BOUBACAR Elhadji, Inspecteur de l’Enseignement du 1er Degré à Dori

Publié le mercredi 24 janvier 2018

Marché d’esclaves noirs en Lybie : Le gène culturel anti-noir sort de son hibernation

Ceci est une tribune de Boubacar ELHADJI, Inspecteur de l’Enseignement du 1er Degré sur le drame lybien.

Le drame que vivent nos frères et sœurs africains en LYBIE depuis l’assassinat du colonel Mouammar KADHAFI en octobre 2011, confirme la sortie de son hibernation de ce gène culturel inscrit chez certains peuples et qui les empêche de percevoir le noir comme étant un être humain. Cette tragédie vient conforter la conviction de nos ancêtres selon laquelle aucun être humain ne peut dissimuler éternellement sa réelle nature.

Une de nos sagesses africaines nous instruit en effet que lorsqu’un étranger est aux portes d’un village, sa nature/son caractère se cache derrière un arbre, jurant sur tous les cieux qu’il va l’attendre là, jusqu’à ce qu’il finisse son séjour. Mais quelques temps après, généralement au moment où ses hôtes commencent à le prendre pour le meilleur que Dieu ait créé, la nature que nos sages considèrent comme une gravure rupestre, rejoint l’homme pour se plaindre d’avoir été longtemps oubliée. Et c’est ainsi que beaucoup de gens qui étaient grandement admirés, perdent l’estime dont ils bénéficiaient en quelques minutes, leur vraie nature reprenant un jour le dessus, aux yeux de tous, sur le vernis qui les enveloppait.

Il est donc aisé de comprendre ce qui arrive aux négro-africains en LYBIE actuellement. Les libyens sont coupables et les européens sont responsables, aux côtés de nos gouvernants et de certains de nos frères, de ce drame qui nous conforte dans notre conviction que la perception des autres du noir et leur volonté de le déshumaniser n’ont pas changé depuis le 7ème siècle, avec l’esclavage pratiqué d’abord par les arabes (qui castraient les noirs), puis par les européens en particulier avec la cruelle traite atlantique. La volonté de dominer et d’exploiter l’Afrique et le noir par tous les moyens, faut-il le répéter et s’en convaincre encore, est inscrite dans le gène culturel d’une certaine Europe et de quelques autres qui ne font que nous heurter depuis le dramatique contact avec eux que l’impitoyable destin nous a imposé. Rien n’a changé, en dehors de la forme parfois de la maltraitance.

Quelques fois, les évènements et les circonstances poussent nos bourreaux à dissimuler leur nature qui finit, faut-il le redire encore, toujours par reprendre le dessus, comme cet évènement en LYBIE qui a fini par convaincre même les plus naïfs parmi nous, que l’autre n’a jamais changé de perception encore moins d’intention à notre égard. Notre indignation actuelle suite à la révélation de l’existence de ce marché d’esclaves noirs en LYBIE est profonde, légitime, humaine et elle doit être un point de départ d’une redéfinition de nos rapports avec nous-mêmes et avec tous ceux qui souffrent de notre existence en tant qu’être humain. Il y a un temps pour chaque chose. Et le temps pour nous de repousser les limites de notre liberté, d’assumer notre humanité, de nous réaliser par nous-mêmes nous est imposé par cette ultime négation de notre existence en tant qu’être humain, de notre différence d’avec les autres.

Frères et sœurs africains, dans l’histoire de l’humanité, s’agissant de ce qui pourrait servir à définir l’humain, l’Afrique n’a aucun complexe aux côtés des autres. Surtout pas aux côtés de l’Europe qui a provoqué à dessein toutes ou presque les grandes tragédies qui ont frappé et qui frappent encore l’humanité : l’esclavage, la colonisation, les grandes guerres, les conflits les plus meurtriers en Afrique et dans le monde arabo-musulman, le nucléaire, le dérèglement climatique, le terrorisme…Entendons-nous bien. Il y a de très bonnes choses et de très bonnes personnes en Europe et partout dans le monde. Il y en a eu, il y en a encore et il y en aura certainement de très vertueuses personnes en Europe et partout dans le monde, parmi les riches comme parmi les pauvres, parmi les forts comme parmi les faibles. Et notre intention n’est pas de dénigrer l’Europe ou de la comparer au continent africain.

Cela ne doit cependant pas nous détourner de cette vérité historique qui nous instruit que l’Europe s’est toujours enrichie des autres, principalement de l’Afrique. Durant des siècles, les européens n’ont eu de cesse de dessiner les contours du monde en général et de l’Afrique en particulier, de règlementer et de mettre en musique les rapports entre les nations du monde, à leur profit exclusif. Ils n’ont fait dans l’espace et le temps, qu’exploiter nos ressources humaines et naturelles pour bâtir leur continent. Depuis l’entre-deux-guerres, leurs neveux que sont les américains, les accompagnent dans leur funeste dessein.

L’Europe n’a donc jamais été un eldorado pour les africains. Elle a été et continue d’être pour l’essentiel le drame de beaucoup de noirs et de l’Afrique. Nous pesons bien nos mots et demeurons convaincu qu’elle en paiera tôt ou tard les conséquences, si elle ne change pas. C’est peut-être ce que le jeune président français Emmanuel MACRON a compris en espérant de nouveaux rapports entre l’Europe et l’Afrique, conscient des responsabilités de son pays et de l’Europe dans le drame libyen.

En attendant et par conséquent, le combat pour les jeunes africains n’est pas, de se défoncer pour se rendre en Europe en bravant le désert et les mers sans garantie aucune, d’une vie meilleure là-bas qui n’est du reste qu’un mirage. Le combat pour les jeunes africains n’est pas de dépouiller leurs familles des ressources dont elles disposent pour aller se livrer pieds et mains liés à ceux qui les ont toujours considérés comme un instrument à leur service.

Le combat n’est pas celui d’étreindre au départ comme au retour, une mère en larmes, ballotée entre l’espoir, le désenchantement et la joie de retrouver quelques rares fois un fils frustré, diminué au plan physique comme au plan moral, plus pauvre qu’avant et malade. Le combat n’est surtout pas celui de se convaincre d’une infériorité construite qui vous suggère de donner l’opportunité aux autres de perpétuer le jeu favori de leurs devanciers.

Le seul combat qui mérite d’être mené chers frères et sœurs africains, est celui de se convaincre comme l’a dit Russell H. CONWEL dans son ouvrage UNE MINE DE DIAMANTS SOUS VOS PIEDS, de se convaincre disions-nous avec cet auteur, que « pour atteindre la grandeur, il faut être éminent ici, maintenant, chez vous » et que « …la possibilité de s’enrichir, de devenir immensément riche, se trouve ici, là où vous vivez actuellement, dès maintenant, à la portée de presque tout homme ou femme… »

Ne perdez donc pas le temps à regarder ailleurs, à traverser le désert, à risquer le naufrage ou le rapatriement, l’humiliation. Faites tout, frères et sœurs africains, pour ne pas/plus poser des actes qui vous exposent à une quelconque humiliation. Sur les plateaux d’une même balance, l’humiliation pèse plus que la mort. Ce que vous recherchez se trouve en vous-mêmes, en Afrique, dans votre pays, dans votre village, pas ailleurs. C’est certain, même très certain. Nous invitons nos frères et sœurs africains à investir là où ils vivent, 50% des moyens qu’ils réunissent pour le périlleux voyage et à y déployer 50 % des efforts qu’ils entendent déployer en Europe. Ils verront les résultats.

Notre ultime combat chers frères et sœurs africains, est de trouver notre voie de développement à travers une gouvernance inspirée et portée par nos cultures, débarrassée de toute mimésis, orientée vers nos plus hautes aspirations. Ne laissons pas les autres continuer à définir le contrat social qui nous lie, à déterminer les voies et les moyens de notre promotion individuelle et collective. L’Afrique a besoin en ce 21ème siècle naissant, de tous ses fils et de toutes ses filles.

Notre drame vient de la gouvernance dans les différents pays de notre continent. Il vient aussi de notre refus d’interroger notre propre responsabilité dans ce qui nous arrive. Les autres ne sont pas les seuls responsables de ce qui nous arrive, ils ne sont pas plus intelligents, plus forts, plus vertueux que nous et ils n’ont pas les richesses naturelles qu’il a plu au seigneur de nous pourvoir. Ils ont simplement décidé d’avoir une vision dans leur vie et de bien s’organiser pour la réaliser.

Les jeunes africains doivent prendre leur responsabilité pour rester en Afrique quel que soit le prix à payer, ils ont la responsabilité de croire en eux afin d’impulser une nouvelle dynamique dans tous les pays du continent. Rien n’est impossible pour ceux qui sont portés par la conviction, qui savent ce qu’ils veulent et où ils vont. Il est temps de s’organiser pour modifier nos rapports avec nos gouvernants et par conséquent, modifier les rapports que les autres entretiennent depuis toujours avec le continent noir.

Nous avons l’ultime conviction que nos dirigeants ont eux-aussi besoin de notre détermination individuelle et collective, pour ‘‘marquer’’ le nouveau pas que l’histoire nous impose. Peu importe le prix à payer, investissons-nous pour que nos dirigeants tirent leur légitimité et leur force de notre volonté de nous affranchir définitivement de cette sujétion millénaire, et non de ces MITTERRAND qui se succèdent à la tête des Etats européens.

Le moment est venu pour la jeunesse africaine de mettre un terme à cette ridicule volonté de vouloir ressembler à l’Europe et à la rattraper. Le moment est venu de faire en sorte que désormais, nous soyons les seuls responsables de notre devenir. Les chinois, les coréens et les japonais ne sont pas allés ailleurs. Ils sont partis d’eux-mêmes, avec eux-mêmes et pour eux-mêmes, chez eux-mêmes. Et puis, entre nous, comme l’humiliation et la mort sont les deux faces de cette immigration, n’est-il pas mieux, plus digne, plus africain de mourir chez soi, puisqu’il faut mourir, au milieu des proches ? Dieu sauve l’Afrique et les africains.

Boubacar ELHADJI
Inspecteur de l’Enseignement du 1er Degré
boubacar.elhadji@yahoo.fr
70 10 05 50/78 64 08 70

Messages

  • Belle réflexion. Le problème du noir à mon avis est moins l’avis de ces arabes et autres européens que du noir lui-même. Il m’arrive parfois que nous pensons être une « race » inférieure. C’est dans la reconnaissance de ce que l’on est que l’on peut espérer sans sortir. Nous sommes victimes voir traumatisés par un passé esclave qui nous empêche de se considérer comme l’égal des autres. Pourtant il va falloir de plus en plus nous affirmer par le travail, le savoir et la prospérité. Pour citer Axelle Kabou : Qu’avons-nous gagné en étant les plus forts en danse et en musique sinon qu’à nous isoler d’avantage dans un monde de plus en plus rationnel. Il faut en prendre conscience.

    • Respect pour cet écrit. En fait notre probleme a nous africains noirs, le voila : Nous delaissons nos origines, notre culture, en fait ce que nous sommes, pour essayer de ressembler aux autres. Un constat : Dans les pays europeens, quand vous voyez les familles d’immigrés asiatiques ou arabes, sur plusieurs générations, ils parlent tous leur langue avant de parler la langue du pays d’accueil. Ils ont d’ailleurs tous l’accent de leurs pays d’origine. Mais les africains noirs ne font rien pour que leurs enfants heritent de leurs origines. Dans ces pays, les africains sont ceux qui font le plus d’efforts pour s’integrer mais sont ceux qu’on repecte le moins. Quand tu dit a quelqu’un : "Je n’aime pas ce que je suis, je veux etre comme toi", il n’ y a aucune raison que cette peronne ait du respect pour toi. Si tu n’as aucun respect pour ce que tu es, ce n’est pas possible que quelqun d ’autre te respecte. Donnons des prenoms africains a nos enfants.

    • "Qu’avons nous gagné en étant fort dans la danse et dans la musics ?". Ainsi, va dire aux chinois de laisser leur sport parce qu’ ils en font trop, tu verras leur réaction. Tu sais, chacun peut gagner sa vie dans ce qu’il fait, il suffit d’y croire fermement et ne pas abandonner. Tu parviendras à la réussite. Dans chaque chose, il ya une valeur ajoutée, nous pouvons tirer toutes nos "richesses" pour le développement à partir de cela.

  • M.Boubacar ELHADJI fait de bonnes analyses mais gagnerait à revoir sa photo de profil qu’il l’assimile à quelqu’un de misérable et de craintif. Il vous faut soigner votre image car de nos jours ça vaut son pesant d’estime. Ne négligez pas mon conseil sinon des moins que rien vous raviront toujours votre place.

    • Merci pour les remarques. Même si je ne partages pas votre avis qu’il transparait comme quelqu’un de misérable, a lui de savoir profiter de vos critiques

    • Merci ZANGOTE pour les conseils. Vous avez peut-être raison. Je vais sans doute tenir compte de ce conseil, même si je me demande comment soigner une mise, l’essentiel étant pour moi de ne pas heurter aussi bien dans les paroles que dans les actes et dans l’apparence. Certainement que chaque intellectuel qui prend la parole a un objectif précis. Certains ne souhaitent que faire de "bonnes analyses" pour être d’une quelconque utilité à leur société et à l’humanité. Et pour l’instant, j’estime bien être à ma place, bien que misérable et craintif.

    • Bonjour zangoté
      c’est son tout comme ça . c’est le fond de sa valise et morphologiquement il ne peut pas être plus que ce qu’il est. tu ne sais pas que c’est un sahélien.

  • Les arabes ont raison de ne pas considerer le noir comme un être humain. C’est nous on paye pour qu’on nous prenne comme esclave..c’est nous on s’entretue pour ethnissme..c’est nous qui ne faisons que dancer et fabriquer des enfants pendant que les autre reflechissent et fabriquent des machines.
    Donc tu vois, toi hoo moi hooo eux laba hoo..nous sommes des animaux.

  • Il faut que l’Homme Noir abandonne le paradigme cartésien que l’Homme blanc, l’occident, lui a coulé dans sa conscience aux sorties de l’esclavage et colonisation pour revenir à son paradigme originel, celui du tiers inclus c’est-à-dire un dépassement du binaire, du blanc/noir, de majorité/opposition, civilisé/indigène, riche/pauvre, paradis/enfer, croyants/infidèles... celui de la connaissance profonde de l’ordre universel. Tant que nous ne ferons pas ce retour sur nous-mêmes, sur nos VRAIES valeurs ancestrales, traditionnelles, porter ces valeurs jusqu’à ce que le reste de l’humanité la prenne comme tel, nous continuerons à être le paillasson de cette humanité. Nous voyons cette incongruité presque congénitale à être Africain mais musulman/chrétien, Africain mais Francophone/Anglophone/Lusophone ... Connaissez-vous un occidental, un juif, un asiatique se prénommé Mawulolo, Koffi, Penda, Arba, POKO ou Nouraogo ? Non ça n’existe pas parce que c’est contre-nature, mais il n’y a que le jeune Africain qui se nomme Thomas, Jules, Blandine, Marie, Ismael, Aly, Job, Jacob...
    La CHINE a été colonisée comme l’Afrique, elle a été bafouillée, humiliée comme l’Afrique, même si elle n’a pas subi la traite négrière, elle partage avec l’Afrique un passé de colonisé, ne serait-ce que cela, nous Africains devrons avoir l’intelligence et la lucidité à étudier le CAS CHINOIS pour panser nos blessures et meurtrissures pour nous relever. 2 fois dans l’Histoire, l’Afrique a été 1ère puissance mondiale, l’époque des pharaons et au moyen âge avec les empires Mali et Ghana, 2 fois nous avons guidé, montré l’exemple à l’humanité, un leadership empreint d’humanité, rempli de nos traditions et valeurs ancestrales.
    Le caractère violent de l’occidental est inhérent à ses valeurs, son mode de penser, sa philosophie, finalement, à son paradigme cartésien, t’es avec moi ou t’es contre moi !
    Il appartient à l’Africain, l’Homme noir du continent et de la diaspora de faire RENAÎTRE ses TRADITIONS et VALEURS, plusieurs fois millénaires et qui lui ont permis de gouverner le monde, pour se relever des traumatismes sanglants causés par l’autre, le barbare.

  • Il faut que nous prenons conscience. C’est à nous de travailler et bannir l’esprit d’infériorité.Tout commence avec les enfants,dès le primaire on remplit la tête de nos élèves avec des programmes inadaptés parlant de l’Europe,l’Asie etc.Je me demande est-ce qu’il ya une école,une seule école européenne ou l’on enseigne sur le Burkina Faso ?Je répondrais plusieurs fois que non et non.Un exemple : je suis née à Abidjan,j’y ai grandit.Quand je voulais rentrée "définitivement" en 2016 il ya un ami qui m’a dit que l’on est mieux chez soi.Quand je suis venue il m’a demandé comment est mon pays ?J’ai tellement parlé en bien qu’il est venu ici et vient chaque fois qu’il est en congé et ne regrette pas de venir au BF.Le meilleur se trouve chez nous même dans un village perdu.Comme l’a si bien mon ami ivoirien, ON EST MIEUX CHEZ SOI !!!

  • Article bien édité, mais là où le bât-blesse, lorsqu’on met un enfant au monde, on l’élève et on l’éduque (aller à l’école) des fois jusqu’à un certain âge. Il sort avec les diplômes qui sied et là commence son calvaire pour le boulot. Parlons d’entreprenariat. Quelqu’un qui n’a pas un centime peut entreprendre quoi ? Il se réfère à la fonction publique, là encore si tu es mal barré et tu ne connais pas quelqu’un pour te pousser ; adieu les concours et tes idées commencent à s’embrouiller, où allez, à qui se fier ? Comment faire ? Donc en tête on voit les autres, tu te dis qu’il faut oser et c’est dans ce découragement que tu deviens esclave. A nos gouvernants de voir, d’éclaircir et remédier à cet esclavage. A bon entendeur, salut

  • Et pourtant il semblerait que parmi les trafiquants ou les négriers des temps modernes en Libye il y ’ait des Africains, probablement des Noirs. Que faut - il en déduire ? Doit - on continuer à voir le mal chez les autres ? Lavons - nous la figure et l’on nous aidera pour le dos.

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