Réserve régionale de sécurité alimentaire de la CEDEAO : Lesministres fixent les modalités de fonctionnement

LEFASO.NET | Aïssata Laure G. SIDIBE

Publié le mercredi 6 juin 2018

Réserve régionale de sécurité alimentaire de la CEDEAO : Lesministres fixent les modalités de fonctionnement

Une réunion du Comité technique ministériel spécialisé agriculture, environnement et ressources en eau de la CEDEAO s’est tenue le mercredi 6 juin 2018, à Ouagadougou. Les travaux, axés sur l’examen et l’adoption des modalités de fonctionnement et d’opérationnalisation de la Réserve régionale de sécurité alimentairede la CEDEAO, devraient permettre aux participants de formuler des recommandations permettant de faire face aux difficultés alimentaires et nutritionnelles.

La région Afrique de l’Ouest et du Sahel connaît, depuis plusieurs années, des situations alimentaires difficiles devenues récurrentes ; et ce, pour plusieurs raisons. « D’abord des raisons liées au secteur agricole, car souvent menacé par un manque de pluies. Nous avons une hostilité de la nature sur l’homme et sur ses moyens de production. Au-delà de l’aspect lié au réchauffement climatique, il se déclare souvent la présence des prédateurs qui menacent les productions. Mis à part ces facteurs, il y a les réseaux djihadistes qui menacent un certain nombre de pays de la sous-région et qui ont des impacts sur les capacités de production des populations surtout dans le domaine du secteur agricole », explique le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche du Togo, qui a présidé l’ouverture de la réunion du Comité technique ministériel spécialisé agriculture de la CEDEAO, ce 6 juin 2018 à Ouagadougou.

Afin de venir à bout de ces facteurs qui créent la désolation, la famine et même la mort, les chefs d’État d’Afrique de la CEDEAO sont convenus de créer une Réserve régionale de sécurité alimentaire (RRSA) avec une mobilisation des ressources financières qui,jusque-là,n’est pas opérationnelle. C’est pourquoi, a signifié le colonel Ouro-Koura Agadazi, « nous avons saisi cette opportunité, en tant que représentant du président en exercice de la conférence des chefs d’État de la CEDEAO,pour lancer un appel à tous les États de la CEDEAO afin que les fonds qui étaient prévus au niveau de chaque État pour la constitution de cette réserve soient levés de façon à la rendre opérationnelle, pour le bonheur des populations les plus vulnérables ».

Outre la mobilisation des ressources financières, il est question de mettre en place un organe technique de gestion. « Les services techniques ont travaillé d’arrache-pied pendant trois jours pour donner le format de l’Assemblée générale, en deçà de laquelle nous allons monter une structure de gestion technique pour pouvoir mobiliser les stocks au niveau des pays de la région et convenir des conditions dans lesquelles les stocks devraient être déstockés pour répondre aux sollicitations des pays », confie-t-il.

Notons par ailleurs qu’à la date d’aujourd’hui, les stocks mobilisésl’ont été grâce à l’intervention des partenaires techniques et financiers notamment l’Union européenne, l’Agence française de coopération et la Coopération espagnole. Ces trois institutions auraient mobilisé 56 000 000 d’euros, soit plus de 36 milliards de F CFA. Ce qui a permis à la CEDEAO de constituer un stock physique de 25 000 tonnes de céréalescette année. Au titre des perspectives à moyen terme, il est prévu une réserve de 60 000 tonnes avec une mobilisation de fonds qui varie entre 25 à 30 millions de dollars.

Pour le ministre togolais, la souveraineté de l’espace communautaire dépendra de la capacité dont les pays feront montre pour pouvoir constituer rapidement cette réserve en vue d’éviter l’importation des produits. Il révèle aussi qu’en Afrique, 7 milliards de dollars sont engagés pour disponibiliser le riz. « Cela est énorme et ça greffe nos économies. C’est la même tendance que nous avons au niveau de la CEDEAO », a-t-il déploré, estimant que la réserve va non seulement diminuer le taux d’importation des produits alimentaires d’Asie vers la CEDEAO mais aussi permettre de créer un espace communautaire à travers lequel les petits producteurs pourront placer leurs produits.

En rappel, au Burkina Faso, la campagne agricole 2017-2018 a connu un déficit céréalier de 12%, livrant environ 3 626 182 personnes à une insécurité alimentaire aiguë ou sévère. Des dispositions ont été prises pour accompagner les populations des zones exposées aux risques. Actuellement, 81 milliards de F CFA ont été mobilisés par les autorités. En ce qui concernela flambée des prix des denrées, des mesures ont également été prises pour qu’elle soit maîtrisée.
« Aujourd’hui, nous avons pris l’engagement de disponibiliser au moins 95 000 tonnes de céréales à travers des ventes à prix subventionné, des boutiques témoin au nombre de 250. Nous avons également mobilisé un certain nombre de ressources avec des partenaires techniques et financiers pour la distribution gratuite de céréales, pour l’appui financier avec du cash inconditionnel et aussi avec des semences améliorées, des intrants pour la production de la saison sèche et pour la nouvelle campagne agricole qui commence maintenant », a indiqué le ministre burkinabè de l’Agriculture, Jacob Ouédraogo.

Il informe, en sus, que des mesures sontprises pour résoudre le problème de l’eau. « Nous avons prévu des aménagements pour l’irrigation. Dans cette politique, le Burina Faso a un certain nombre de projets qui sont en cours. Aussi, nous sommes en train de négocier, dans le cadre du CILSS, d’autres projets comme le Programme d’appui aux aménagements pour l’irrigation dans le Sahel. Nous utilisons aussi des technologies qui sont de plus en plus modernes, comme la production goutte-à-goutte (…) ».
Le ministre Jacob Ouédraogo a, enfin, saisi l’occasion de la présente réunion pour porter à la connaissance des participants une information d’une grande importance : « Mon pays a été désigné pour abriter le siège du Réseau des structures publiques en charge de la gestion des stocks nationaux de sécurité alimentaire ». Ce réseau regroupe les 15 États de la CEDEAO et deux « pays frères » que sont la Mauritanie et le Tchad, soit 17 États.

Aïssata Laure G. Sidibé
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