Environnement : Des actions de plaidoyer pour une meilleure gouvernance des forêts

LEFASO.NET | Par Justine Bonkoungou

Publié le lundi 11 juin 2018

Environnement : Des actions de plaidoyer pour une meilleure gouvernance des forêts

Le Groupe de recherche action du Burkina sur la gouvernance forestière (GAGF) était face à la presse ce samedi 9 juin 2018. A l’ordre du jour de la conférence de presse, le lancement des activités de plaidoyer du GAGF.

C’est estimant qu’il y a péril en la demeure en ce qui concerne nos forêts que le Groupe de recherche action du Burkina sur la gouvernance forestière (GAGF) a initié une action de plaidoyer afin de sensibiliser l’ensemble des acteurs à l’importance de sauvegarder nos forêts et de mieux les gérer. Selon les chiffres fournis par le GAGF, le Burkina Faso, avec un taux de couverture forestière de 18%, est en dessous de la norme internationale qui est de 25% et perd chaque année 110 000 hectares de forêts.

Fait suffisamment important pour attirer l’attention. C’est ce qui a motivé la mise en place d’un groupe de plaidoyer par le GAGF qui, après des échanges avec les acteurs du secteur agro-sylvo-pastoral, a fait ressortir une douzaine de préoccupations. Et sur cette douzaine, cinq thématiques ont été retenues et des documents de plaidoyer ont été rédigés à leur sujet. Ce sont ces thématiques qui feront l’objet de plaidoyer de juillet à octobre 2018 auprès du Premier ministère, du ministère en charge de l’Environnement et auprès d’autres décideurs.

La première thématique concerne le transfert des compétences. Il s’agit là pour le GAGF de plaider pour une responsabilisation entière des communautés locales dans la gestion des forêts. Et pour ce faire, il faut une application effective des décrets portant transfert des compétences et des ressources de l’Etat aux collectivités territoriales dans le secteur de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles.

L’harmonisation et la vulgarisation des textes, ainsi que la fiscalité communale environnementale,constituent deuxautres points du plaidoyer du GAGF. À en croire Sylvestre Bangré Ouédraogo, modérateur du GAGF, les textes encadrant le secteur agro-sylvo-pastoral existent, mais il se trouve que ces textes se chevauchent ou même parfois se contredisent. Et pour certains, il n’existe pas de décrets d’application.

En ce qui concerne la fiscalité communale environnementale, le modérateur souligne que malgré les revenus conséquents engendrés par les ressources forestières, les communes ne bénéficient des retombés de ces taxes collectées. En effet, les textes qui instaurent ces taxes ne le permettent pas, car souvent antérieurs à la décentralisation. Toute chose qui empêche les communes d’assumer leur responsabilité de préservation et de gestion des ressources naturelles.

Travailler à la préservation du karité, c’est le quatrième point du plaidoyer du GAGF.
Fournissant au Burkina Faso son quatrième produit d’exportation, le karité est aujourd’hui menacé. L’on est en effet passé de 230 pieds de karité à l’hectare en 1950 à 11 pieds à l’hectare en 2004. Une situation inquiétante et qui mérite que les autorités s’y penchent, surtout que la reproduction de cet arbre est très difficile.
Le cinquième point du plaidoyer concerne la sensibilisation des élus locaux sur les questions environnementales et forestières en particulier.

Sur ce point, le GAGF estime que les communes, dans leur planification locale, devraient prendre suffisamment en compte la question environnementale et surtout forestière. Et ce, d’autant plus que les l’activité forestière procure d’importants revenus. Selon une étude du Pr Jacques Guéda Ouédraogo conduite dans huit communes d’intervention de TreeAid, l’activité forestière a procuré un peu plus de 6 milliards de FCFA dans ces communes, soit 96,70% des revenus du sésame, 132,72% des revenus du coton et 166,73% des revenus du niébé. Preuve que les forêts méritent d’être mieux gérées pour offrir tout leur potentiel.

La campagne débutera par une caravane de presse pour le plaidoyer en faveur du karité. Une caravane portée par TreeAid et fera escale dans les régions où l’ONG conduit des expériences prenant en compte la problématique du karité.

En rappel, le GAGF est un groupe consultatif indépendant à caractère scientifique, analytique et prospectif, travaillant sur les questions de gouvernance forestière et la gestion décentralisée des ressources forestières. Il a été créé en 2008 avec l’appui de l’ONG TreeAid et compte en son sein des profils variés ayant en commun une sensibilité marquée et un engagement fort sur les questions environnementales et forestières.

Justine Bonkoungou
Lefaso.net

Messages

  • « Le GAGF estime que les communes, dans leur planification locale, devraient prendre suffisamment en compte la question environnementale et surtout forestière »

    Cette interpellation du GAGF est vraiment digne d’intérêt en ce sens qu’une bonne gouvernance locale des ressources forestière constitue une piste de mobilisation de recettes locales pour les communes. Il reste certes la question du transfert des compétences et de la fiscalité aux communes ; du reste c’est l’engagement d’actions concrètes par les communes constituera des faits de plaidoyer pour accélérer les transferts tant attendus.

    Quand on évoque de tel sujet avec les élus locaux l’argument souvent évoqué est que les collectivités n’ont pas les moyens (financiers) suffisants. Un très faible argument ; car c’est en agissant sur les secteurs stratégiques que vous aurez progressivement les moyens (financiers).

    Bravo au GAGF pour cette invite ; en espérant qu’elle soit comprise, accueillie et valorisée par des élus locaux visionnaires. L’environnement législatif et institutionnel vous est favorable pour engager des actions pertinentes en matière de gouvernance des ressources forestières. Le CGCT (loi 055-2004) entre autres offre la possibilité légale aux collectivités territoriales notamment les communes (rurales) de constituer leur domaine foncier propre. Cette même loi dispose que le territoire des communes rurales comprend trois espaces dont « un espace de conservation ». La création et la gestion de cet espace de conservation participera à la constitution du domaine foncier propre des communes en leur offrant des sources de recettes liées à l’aménagement et la gestion durable des ressources naturelles de ces espaces. Il s’agit de savoir utiliser tout en conservant la qualité des écosystèmes ; il ne s’agit donc pas nécessairement d’espace de conservation au sens protection-interdiction d’accès. N’oublions pas qu’une bonne gestion des ressources forestières ouvre aussi la voie au crédit carbone (la route est certes très longue pour y parvenir, mais elle est ouverte ; et le PIF participe à la mise en route des communes intéressées)

    Les élus locaux sauront-ils prendre langue avec le GAGF, Tree Aid,... et tant d’autres structures d’accompagnement pour réussir à s’engager sur ce chemin de gouvernance vertueuse des ressources forestières du Burkina Faso ?

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