Politique : Le code électoral du Burkina a été modifié neuf fois depuis 2001, fait remarquer Harouna Dicko

Par Harouna DICKO

Publié le lundi 13 août 2018

Politique : Le code électoral du Burkina a été modifié neuf fois depuis 2001, fait remarquer Harouna Dicko

De 1991 à 2001, quatre codes électoraux ont été adoptés au Burkina Faso. Le quatrième code en vigueur depuis 2001, a subi sa 9e modification le 30 juillet au cours de la 1re session extraordinaire de 2018 de l’Assemblée nationale.

Dès la 4e modification de ce code électoral en 2006 dans le but de contourner la décision n°2006-01 du Conseil constitutionnel qui était favorable à ma requête en qualité de Président du RPN un petit parti politique d’alors, j’avais prévenu :

-  que cette succession rapide des textes législatifs sur l’organisation des compétitions électorales dénotait l’absence d’un véritable civisme politique préjudiciable à l’enracinement de la démocratie ;

-  que la démocratie au Burkina Faso était en train de marcher à reculons sous la 4e République après la grande avancée sous la 3e République avec la mise en ballotage du chef de l’Etat sortant au 1er tour de la Présidentielle de 1978 ;
-  que, à qui savait le voir, ce recul démocratique était une menace pour la paix sociale.

Mais hélas !

 la tentative d’une 3e modification de l’article 37 de la Constitution a été le prétexte des marches et meetings de protestation et de soutien qui ont abouti au saccage de l’Assemblée nationale le 30 octobre 2014 ;

 la loi n°005-2015/CNT qui a procédé à la 8e modification du code électoral en ses articles 135, 166 et 242, a suscité un putsch le 16 septembre 2015.
Ces deux évènements ont fortement endeuillé le pays et mis en mal notre vivre ensemble.

Aujourd’hui, la loi opérant la 9e modification du code électoral a été adoptée ce 30 juillet 2018 sur fond de divergences politiques et le 02 août les Députés de l’opposition en ont saisi le Conseil Constitutionnel en réaffirmant leur attachement à la République et à la paix par cette action. Mais le 07 août le CFOP a décidé de convier les Burkinabè à une série de marches de protestation.
Certes, cette loi du 30 juillet 2018 comporte toujours des imperfections d’ordre technique mais à l’analyse, du point de vue du droit et de la démocratie, je constate que :
1- les dispositions iniques d’exclusion des articles 135, 166 et 242 cautionnées par le CFOP en 2015 ont été extirpées. Cela n’est-il pas positif ?

2- les nouvelles dispositions de l’article 52 rétablissent une égalité entre tous les Burkinabè quand à la justification de leur identité. Cela n’est-il pas conforme à l’article 1er de la Constitution ?

3- les arguments pour ou contre des uns et des autres portent non pas sur le vote de tous les Burkinabè hors du territoire national, mais plutôt sur le vote des Burkinabè résidant en Côte d’Ivoire compte tenu d’environ 1 750 000 électeurs potentiels dans ce pays. Cela n’est il pas un débat politique malsain étant donné qu’en 2015 sur 8 404 966 électeurs potentiels à l’intérieur, seulement 3 302 882 ont voté ?

Le débat ne devrait-il pas porter sur comment faire voter la majorité des 10 044 901 électeurs potentiels en 2020 ?

Pour ma part, le 05 juin 2017 j’avais déjà exhorté Monsieur le Ministre de l’Administration Territoriale à éviter toute modification du code électoral avant l’adoption de la nouvelle Constitution dont le projet conçu par « l’opposition » et « la majorité » contient toujours des incohérences.

Je crois qu’il nous est toujours possible par un dialogue sincère, d’assurer la crédibilité de la Constitution et des lois électorales qui sont les gages d’une démocratie véritable. C’est à ce prix que nous pourrons ensemble rétablir durablement la paix au Faso pour enfin prétendre à un développement national harmonieux.
« ne m’en voulez pas - raa ning’m talé yé - ta ngnigee kam - aou kana djigui n’na »

Ouagadougou, le 12 août 2018

Harouna DICKO

Messages

  • Merci pour la lucidité de votre analyse.Au lieu de se battre pour que les Burkinabè(intérieurs,extérieurs) qui n’ont pas encore leur CNIB puissent les avoir d’ici 2020,ce qui préoccupe l’opposition,ce sont les cartes consulaires.C’est à croire qu’ils(cdp,upc,adf/rda etc....) ont bien un agenda caché dans cette affaire

    • Bonjour Mafoi. Ils se battent tout simplement, car ils savent qu’un code électoral n’est pas innocent. Un code électoral à des visées électoralistes. Le MPP pense que les burkinabés en CI vont voter pour les partis de l’opposition, notamment le CDP. le CDP pense, que, comme ils ont été les premiers à entreprendre les démarches d’identification des burkinabés de Côte d’Ivoire par la carte consulaire, ceux qui l’ont déjà sont pour eux. D’ailleurs, les MPP sont des ex-CDP, donc ils savent ce qu’ils avaient préparé quand ils étaient CDO Donc tous les deux ont tord, MPP comme CDP. Ce n’est pas les burkinabés qu’ils veulent faire voter, ils veulent augmenter le nombre du bétail électoral. C’est tout. En cela, Mr Harouna DICKO a eu plus de justesse dans ces propos. Le MPP dans sa configuration actuelle, voulant se venger et abritant de nombreux déprédateurs, ne doit pas se livrer à des manipulations des textes sérieux du Burkina. Ils sont trop colorés et attirent trop de mécontents, surtout qu’ils ne nous ont pas encore prouvé qu’ils auront des résultats au rythme actuel de leur mandature.

  • Congrats ! Vous au moins vous avez des méninges saines et cela se dépeint dans vos positions. Quant aux amours déçus, ils auront leurs yeux pour pleurer pour de bon. Des gens auxquels on fait confiance parce qu’ils ont un semblant d’aura, d’intelligence, de connaissance et de carnet d’adresses pour assurer un relève crédible et positive pour le Burkina Faso, et patatras, c’est la désillusion, la déchéance mentale et intellectuelle. Je vous voterai désormais frère Poulo, Monsieur, Excellence. Vous êtes simplement un homme intègre !

  • mafoi, comment un parti politique sérieux peut compter sur les votes des Burkinabè de l’extérieur (et encore ceux vivant en Côte D’ivoire) pour accéder au pouvoir.
    il y a plus de 10 millions de potentiel électeurs ici au pays mais non au lieu de convaincre ceux de l’intérieur non c’est sur ceux de la Cote d’ivoire, certains même sont déconnecté des réalités du pays. leur chanson préféré, les electeurs du pays votent pour l’argent ça c’est une insulte au peuple

  • Il faut etre REALISTE car nous savons tous le cas de la Cote d’Ivoire. Enffet, beaucoup de malfrats Burkinabè spécialiste des tripatouillages dans les différentes élections antérieures au pays des hommes intègres se sont refugiés dans ce beau pays frère depuis leurs débacles pendant et après l’insurrection de 2014.
    Il faut aussi retenir qu’il est logique et conséquent que tous les Burkinabè s’exprime par les memes documents en matière de nationalité. De sources bien introduites, plusieurs personnes sont déjà préparées pour etre utilisées dans un vote mafieux à partir de l’extérieur au profit de certains partis. Meme à l’intérieur du pays, beaucoup de gens sont chaque fois convoyés de Ouagadougou vers d’autres provinces pour se faire recenser pour les élections municipales dans ces localités comme des ressortissants contre l’argent volé au peuple. Je pense qu’il est temps chacun s’attèle à ce que son électorat se fasse établir les documents exigés car cela limitera les fraudes. Du reste, on a toujours le temps pour cela. Evitons de croire qu’on peut utiliser le peuple aveuglement pour une éventuelle insurrection. Sur tout ceux qui avaient déclaré n’avoir pas de candidat en 2014 tant que l’autre sera en vie. Faite attention car un soulèvement suite à ce débat sur le code électoral n’arrange personne de vous tous. Méfiance.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.